Africain Néo-conservateur Disciple de CHEIKH ANTA DIOP RENSEIGNEMENT Passionné de Géopolitique et Géostratégie
L’élection de Bassirou Diomaye Faye a suscité de l’espoir mais le nouveau président semble suivre les traces de Wade et de Macky Sall, dont les appels à la rupture se sont traduits par une continuité du néocolonialisme. En examinant les premiers mois de son mandat, il devient clair que les attentes de changement radical restent insatisfaites. Comment expliquer cette déception croissante ?
POURQUOI DIOMAYE FAYE N'EST PAS L'HOMME DE LA RUPTURE ?
L'élection de Bassirou Diomaye Faye à la tête du Sénégal a suscité beaucoup d'espoir, principalement au sein de la jeunesse sénégalaise qui en a payé un lourd tribut. Une jeunesse qui demande désormais une alternative à la place d'une alternance. S'il en est ainsi, c'est parce que les Sénégalais se sont rendus compte que l'alternance s'est toujours révélée être synonyme de continuité d'un même système de domination, pour ne pas dire la Françafrique et l'impérialisme « oXYdental ». Les deux figures des alternances précédentes (Abdoulaye Wade et Macky Sall) appelaient aussi à la rupture, mais une fois "élu" président de la République, ils ont perpétué le néocolonialisme.
Plus de cent jours après son élection à la magistrature suprême, pas mal de signes affichés, aussi bien sur le plan national qu'international, démontrent que Bassirou Diomaye Faye marche sur les pas de ses prédécesseurs et s'inscrit dans la poursuite d'un système de domination néocolonial.
Victimes Politiques et Criminels Économiques : L'Inaction de Diomaye Faye
Bassirou Diomaye Faye s'est montré comme un bon héritier de Wade et de Macky au plan national. À l'image de ses prédécesseurs, il refuse de donner un coup de pouce pour mettre la lumière sur l'affaire des victimes politiques de la dictature de Macky Sall, malgré les appels urbi et orbi à rendre justice.
Les criminels financiers et économiques (Amadou Ba, Alioune Sall, Cheikh Oumar Hann, Mame Mbaye Niang, Mansour Faye, Mamour Diallo, etc.) tant dénoncés par le Pastef durant son opposition au régime de Macky Sall, restent toujours dans la plus grande quiétude. Aucune poursuite judiciaire contre eux, nonobstant les rapports explicitement compromettants des organes de contrôle à leur encontre.
On se demande même à quoi ont servi les récentes assises de la Justice convoquées par M. Faye ?
Les Ombres de Macky : Diomaye Faye et les Fidèles de l'Ancien Régime
Pire, certains complices du régime précédent (Zakaria Camara, Lansana Gaghy Sakho, Abdou Wahab Sall, etc.) sont recyclés ou promus dans l'administration, dans les ministères, dans les directions et dans la police par le nouveau régime. Certains partisans de Macky Sall (Mamadou Lamine Massaly, Dieguy Diop Fall, etc.), à qui il reste un peu de dignité ont préféré démissionner de leur propre chef. Mais jamais Diomaye ne les a évincés de leurs postes, malgré le fait qu'ils soient vomis par la majorité des Sénégalais.
Le président de l'OFNAC, Serigne Bassirou Gueye, qui est accusé par Ousmane Sonko d’avoir falsifié le PV de l’affaire Sweet Beauty est toujours en fonction. Les négociations secrètes entre Ousmane Sonko et Macky Sall dans la prison du Cap Manuel, communément appelées "Protocole du Cap Manuel" sont-elles passées par là ?
Que dire du cacique du PDS, Aïda Mbodj, à qui Diomaye demande de promouvoir l'emploi des jeunes à travers la DER à l'âge de 69 ans ?
Incohérence de Pastef : Entre Recrutement Partisan et Fonds Politiques Non Réformés
Dans son programme de campagne, le Pastef avait promis aux Sénégalais de passer par l'appel à candidature pour recruter les cadres dans les appareils clés de l'Etat, mais rien de tel n'a jusque-là été fait. Au contraire, c'est le recrutement de politique politicienne qui est à l'œuvre.
M. Sonko, le binôme de Diomaye Faye, avait promis de supprimer la caisse noire une fois élu. Sauf que ces fonds demeurent toujours maintenus. Le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, détient 11 milliards de fonds politiques, tandis que son Premier ministre, Ousmane Sonko, en possède 9 milliards. Ces fonds incontrôlés sont censés être utilisés à volonté par ces autorités pendant que la population manque de tout.
Ambiguïté Présidentielle sur la Réforme du CSM
Dans son programme électoral, la Pastef avait promis de réformer la justice. Pour ce faire, le président de la République et le ministre de la Justice devaient arrêter de siéger au Conseil supérieur de la Magistrature (CSM) pour garantir une indépendance de la Justice. Cependant, plus de trois mois après leur élection, le président de la République et le ministre de la Justice siègent toujours dans le CSM. Ironie du sort, en abordant la question du CSM, le président Diomaye a déclaré : "Je ne tiens ni à en sortir, ni à en rester". Voilà une déclaration ambiguë, qui est en déphasage avec ce qu'il a prôné lors de la campagne électorale, c'est-à-dire la sortie pure et simple du CSM.
L'Étroite Connivence entre le Pouvoir et les Chefs Marabouts
Les accointances d'un président sénégalais avec la classe maraboutique sont aussi un élément clé pour comprendre son agenda. Depuis la colonisation, les dignitaires des confréries musulmanes ont été la pièce maîtresse de la machine d'exploitation du peuple sénégalais. Les colons français s'appuyaient sur les chefs marabouts soufis pour contrôler les velléités de révolte des masses populaires. Par l'entremise de ces chefs charismatiques, les colonisateurs utilisaient aussi la force de travail des adeptes pour se procurer des matières premières agricoles presque gratuitement.
Mieux encore, les chefs marabouts ont mobilisé leurs talibés et leurs propres familles pour libérer la France pendant les deux guerres mondiales.
C'est pour cette raison que nombre de dignitaires religieux sénégalais ont été décorés par l'administration coloniale française. La construction de leurs grandes mosquées a également bénéficié de l'aide de cette dernière.
Dès lors, je souris quand je vois aujourd'hui des partisans de Pastef en veulent au général Kandé pour avoir été décoré par le président Emmanuel Macron. Ces militants ignorent que la plupart des marabouts dont ils se réclament ont été aussi décorés par la même France.
En bon héritier de la Françafrique, M. Faye a réservé sa première visite aux chefs religieux musulmans qui, ne l'ont pourtant, jamais soutenu quand il était dans l'opposition. On a même interdit les bulletins de vote de l'opposition lors des élections locales de 2022 à Touba, ainsi que les manifestations de soutien à Sonko.
C'est sans doute pour gagner l'estime des marabouts, qui ont un pouvoir de contrôle exorbitant sur les masses en cas de grogne populaire, que Diomaye est allé les choyer.
Depuis le président Senghor, les chefs marabouts ont toujours soutenu le pouvoir en place et jamais les vraies luttes d'émancipation des talibés. Ils ont ardemment soutenu Léopold Sédar Senghor face aux véritables leaders souverainistes, comme Mamadou Dia et Cheikh Anta Diop.
Ces enturbannés n'interviennent que quand le pouvoir néocolonial est sur le point de tomber. Ils sont les sauveurs ultimes de la Françafrique, juste avant l'armée française, qui guettent en permanence l'évolution du paysage politique du pays et qui assure de manière subtile la protection des intérêts français au Sénégal.
Diomaye Faye a été donc mis au fait de ce mécanisme et coopté dans cet hermétique système politico-maraboutique, l'un des piliers fondamentaux sur lequel est bâtie l'actuelle République du Sénégal. Delà, on comprend pourquoi Diomaye est allé s'agenouiller devant les Khalifes généraux en guise d'allégeance au cénacle néocolonial qui tient en otage le pays depuis belle lurette.
Lors de son passage en France juin dernier, Diomaye a rendu visite à l'ancien président sénégalais, Abdou Diouf, et a souhaité que ce dernier continue d'"éclairer de sa sagesse et de ses conseils avisés". Et pourtant, l'opposant Ousmane Sonko avait estimé que tous les anciens présidents sénégalais devaient être "fusillés" à cause de leurs incompétences et trahison envers le peuple. Ne voyez-vous pas un problème ?
Le Choix de la CEDEAO : Diomaye Faye Emboîte le Pas à Macky Sall
Bassirou Diomaye Faye s'est également illustré comme garant de la continuité de la politique étrangère de Macky Sall sur le plan international. Le 25 mars 2024, juste après son élection à la tête du Sénégal, il dit : « Je lance un appel à nos frères et sœurs africains pour qu’ensemble nous consolidions les acquis obtenus dans le processus de construction de l’intégration de la CEDEAO, tout en corrigeant les faiblesses et en changeant certaines méthodes, stratégies et priorités politiques ». Par ces lignes, Diomaye fait donc le choix du camp de la CEDEAO face au camp de l'AES, au même titre que Macky Sall. La preuve, il a accepté d'être le facilitateur de la CEDEAO pour ramener les pays membres de la Confédération des États du Sahel dans l'organisation régionale.
Bizarrement, tout comme les chefs marabouts, la CEDEAO n'a jamais apporté une once de soutien au Pastef quand celui-ci était à la quête du pouvoir. La Cour de Justice de la CEDEAO avait débouté Ousmane Sonko, qui trouvait illégale sa radiation des listes électorales et la dissolution de son parti politique. En effet, la Cour avait estimé qu'aucun droit de M. Sonko n'a été violé par le régime de Macky Sall.
L'opposant Ousmane Sonko lui-même affirmait que l'organisation régionale est à l'origine de "tous les déchirements" en Afrique de l'Ouest. Curieux non ?
Rencontre avec Tony Blair : Un Héritage de Macky Sall pour Diomaye Faye
À l'image de Macky Sall, Diomaye a reçu en audience début juin 2024, l'ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, en sa qualité de fondateur de Tony Blair Institute for Global Change. Toutefois, l'opposant Ousmane Sonko avait sévèrement dénoncé les liens étroits entre Macky Sall et Tony Blair. Ce dernier "soufflait" dans les oreilles de Macky Sall, selon lui. "Spécialiste de la manipulation ethnocentriste au Kosovo, en Irak, en Libye via son cabinet de conseil stratégique. N'oubliez pas qu'il était à l'origine de la guerre d'Irak, parce qu'il était celui qui tenait l'hypothèse d'armes nucléaires dont Saddam Hussein se serait doté. Ce qui s'est révélé faux. Ces gens-là, qui aujourd'hui, ont pignon sur rue et sont les conseillers de Macky Sall", avait notamment fustigé M. Sonko, en parlant de l'ancien Premier ministre britannique.
Ce même Tony Blair est-il en train de souffler aujourd’hui dans les oreilles de Diomaye ? La réponse sera de taille.
Diomaye Faye et l'Alliance Gavi : Un Soutien Indéfectible aux Vaccins
Mais ce n'est pas tout. Diomaye a emboîté le pas de son prédécesseur sur les vaccins. C'est sous Macky Sall que le vaccinopôle de l'Institut Pasteur à Diamniadio a vu le jour. Son mandat a été très propice aux vaccins, dont Bill Gates avait avoué qu'ils pouvaient être utilisés pour diminuer la population mondiale. Sauf qu'en juin 2024, Diomaye s'est rendu à Paris pour prendre part au Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales. À cette occasion, tenez-vous bien, il a fait la promotion des vaccins à ARN messager et invité au financement de ce programme. Dans son allocution, Diomaye s'est comporté comme un digne VRP commercial de l'Alliance Gavi et de la fondation privée française, l'Institut Pasteur.
Ousmane Sonko vs Diomaye Faye : Les Propos sur la France en Question
Emmanuel Macron s'est entretenu avec Diomaye au terme de ce Forum lors d'un dîner à l'Elysée. Cependant, aucun sujet souverainiste qui fâche (bases militaires françaises au Sénégal, francs CFA) n'a été officiellement abordé lors de ce tête-à-tête. Mais, lors d'un entretien accordé à la presse ce samedi 13 juillet, le président sénégalais a signifié que la question des bases militaires françaises a bel et bien été abordée, sauf qu'il n'est pas en mesure de préciser quand le retrait des bases militaires françaises du Sénégal aura lieu. Il dit ne pas vouloir d'une "rupture brutale".
Mais, il y a lieu de se demander si la souveraineté d'un pays se négocie à l'étranger ? Se discute-t-elle chez "l'ancienne" puissance coloniale ? Pourquoi Diomaye est incapable de donner un calendrier précis du départ de l'armée néocoloniale française du Sénégal après plus de trois mois passés à la tête du pays ?
La monnaie et la sécurité sont le b.a.-ba de la souveraineté d'un pays. Et ça, tous les dignes souverainistes le savent.
L'opposant Ousmane Sonko lui-même déclarait que la France devrait s'attendre à une "rupture définitive et à quitter l'Afrique" si elle ne change pas de logiciel. Sauf que la Françafrique est plus que jamais d'actualité.
Il va sans dire que cette attitude incongrue de M. Faye jette le doute sur la "rupture systémique" promise. Mais aussi le "panafricanisme de gauche" dont il se réclame, en ce sens que la "gauche" renvoie à la révolution et au changement. Mais jusqu'ici, il y a aucun signe avant-coureur qui laisse entrevoir que Diomaye est sur la voie de la rupture avec le système néocoloniale.
Diomaye Faye : Alternance sans Alternative pour le Sénégal
À l'image de ses prédécesseurs, Bassirou Diomaye Faye incarne l'alternance et non l'alternative voulue par la majorité des Sénégalais. L'analyse de sa politique des 100 premiers jours dresse une logique de continuité, tant au plan national qu'international. Par conséquent, ce n'est pas demain la veille de la Françafrique et de l'impérialisme «oXYdental» au Sénégal.
Certes, une partie des contrats léonins pourrait être renégociée sous son magistère, mais la rupture systémique tant promise n'aura pas été actée, à moins qu'il n'y ait une forte pression intérieure ou un bouleversement géopolitique majeur lui obligeant de changer de fusil d'épaule.
PA MESU CAMARA